
Pierre Jeanneret & Le Corbusier
Notre histoire
Pierre Jeanneret & Le Corbusier
Deux cousins, et la ville qui leur a survécu
Le mobilier de ce catalogue n'a pas été dessiné pour des collectionneurs. Il l'a été par un homme parti à l'autre bout du monde construire une ville, pour les employés, les juges et les étudiants qui allaient y travailler.
1922
Deux cousins, un seul atelier
Charles-Édouard Jeanneret s'était déjà rebaptisé Le Corbusier lorsqu'il ouvre, en 1922, un atelier au 35 rue de Sèvres à Paris avec son cousin Pierre. Le Corbusier a trente-cinq ans et écrit les manifestes. Pierre en a vingt-six et les fait tenir debout : la structure, les détails, les dessins qui doivent survivre au contact d'un entrepreneur.
Pendant dix-huit ans, le travail sort sous les deux noms : le Pavillon de l'Esprit Nouveau, la Villa Savoye et, après l'arrivée de Charlotte Perriand en 1927, le mobilier en tube d'acier encore produit un siècle plus tard.

Le Corbusier arrivant sur le site de Chandigarh.
Photographer unknown, 1951 · CCA collection
1940
La guerre les met dans des camps opposés
À la chute de la France, l'association se rompt brutalement. Le Corbusier part à Vichy, en quête de commandes d'un gouvernement qui ne lui en donnera aucune. Pierre prend l'autre chemin : la Résistance, puis les ateliers de Jean Prouvé à Grenoble, où l'on construit des abris préfabriqués avec ce que l'Occupation a laissé.
Ils ne retravailleront pas ensemble pendant dix ans. Ce qui répare tout, c'est une proposition : l'Inde.

Le Corbusier arpentant le terrain où la ville allait s'élever, photographié par Pierre Jeanneret.
Photograph Pierre Jeanneret, 1951 · CCA collection
1951
Une ville, et une raison de recommencer
Le Corbusier prend le plan de Chandigarh et les monuments qui le couronnent, à condition de n'y venir que deux fois par an. Pierre prend tout le reste, et s'installe.
Il restera quatorze ans architecte en chef de la ville, dans une maison qu'il s'est dessinée au bord du lac Sukhna. Là où Le Corbusier fait le Capitole, Pierre fait la ville dont les gens se servent vraiment : les logements, les écoles, l'université, les bibliothèques, et le mobilier pour remplir tout cela.

Le Corbusier avec Jawaharlal Nehru, commanditaire de la ville.
Photographer unknown, 1955 · CCA collection
Deux tempéraments
L'un laisse des monuments. L'autre des sièges.
La différence entre eux se lit dans ce qu'ils ont laissé. Le Chandigarh de Le Corbusier, c'est du béton à l'échelle d'un État : la Haute Cour, le Secrétariat, la Main ouverte. Celui de Pierre, c'est une chaise en teck que l'on porte sous le bras.
Il n'a ni signé le mobilier ni écrit à son sujet. Il l'a dessiné parce que des milliers de pièces s'achevaient et qu'il n'y avait rien à y mettre, et il l'a fait avec ce dont la région disposait, pour qu'il puisse être réparé par ceux-là mêmes qui allaient s'en servir.

1965 à 1967
Les fins
Le Corbusier meurt en août 1965, en nageant dans la Méditerranée en contrebas de son cabanon de Roquebrune-Cap-Martin, contre l'avis de son médecin. Pierre quitte Chandigarh la même année et meurt à Genève en 1967.
Il avait demandé que ses cendres soient rapportées et dispersées dans le lac Sukhna, auprès de la ville à laquelle il avait consacré un tiers de sa vie de travail. Elles l'ont été.

P. L. Varma, Le Corbusier et Pierre Jeanneret sur le chantier de Chandigarh.
Photograph Jeet Malhotra, 1955 · CCA collection
“Un chef-d'œuvre modeste, où la forme épouse parfaitement la fonction.”
Pourquoi nous les fabriquons
C'est un hommage, et rien d'autre
Nous n'avons rien dessiné de tout cela. Chaque pièce de ce catalogue est le dessin de quelqu'un d'autre, refait aussi fidèlement que nous le savons : les mêmes proportions, le même teck massif, les mêmes assemblages laissés apparents parce que c'est ainsi qu'ils ont été dessinés.
Nous ne les vendons pas comme des originaux. Nous ne les vieillissons pas pour qu'ils en aient l'air. Nous n'ajoutons rien. La seule chose que nous ayons à offrir, c'est le travail lui-même, bien fait, par des gens qui le font chaque semaine, pour qu'un bureau dessiné en 1955 pour une administration redevienne un bureau dont on se sert.
À Pierre Jeanneret, qui est resté. Et aux hommes qui ont donné à Chandigarh la lumière, l'air et la verdure.
Photographies de la collection du Centre Canadien d'Architecture, via Wikimedia Commons, où elles sont signalées comme relevant du domaine public en Inde. Reproduites avec mention du photographe.
